Attention coup de coeur à l'horizon. Malgré sa taille ( 660 pages) ce roman m'a tenu en haleine durant tout le week-end et une bonne partie de la semaine. S'il n'y a qu'un seul défaut, c'est bien de ne pas avoir encore d'équivalent francophone. Let's go then!
Attention, allergiques à l'Histoire s'abstenir!
Nous sommes au début du règne d'Henri VIII. Marié à Catherine d'Aragon, tante de l'empereur d'Espagne, il n'a pour l'instant comme seule descendance qu'une petite fille, Mary (celle qui sera connue plus tard comme "Mary la sanglante"). Et en bon souverain, il s'inquiète fort de ne voir arriver aucun fils entre les fausses couches de la reine et son âge avancé.
Mary Boleyn a treize ans quand débute le roman. Mariée depuis un an à un gentleman du nom de Carey et dame d'honneur de la reine, elle est émerveillée par cette cour brillante et spirituelle sans qu'elle puisse soupçonner ses côtés les plus sombres. De plus, elle se réjouit fort que sa soeur aînée, Anne, revienne de France et devienne elle aussi dame d'honneur. C'est dans ce contexte que Mary capture le regard du roi.
Commence une longue histoire de passions, où l'ambition et la soif de pouvoir se déguisent sous les noms d'amour et de séduction. L'histoire est vue par les yeux de Mary Boleyn, sans doute la moins connue des deux soeurs. Elle dresse le portrait d'une société sans aucune pitié ou compassion envers les femmes et où un mot écorché peut signifier la Tour de Londres, lieu des exécutions sommaires.
Si vous pensez avoir affaire à l'homologue britannique de Mme Benzoni, détrompez-vous. Aucune concession, aucune gentillesse surfaite dans ce roman âpre et brillant, dont on ne peut se détacher qu'avec difficulté. Plus que d'exposer un portrait réaliste de la cour la plus brillante et la plus cruelle de son temps, Gregory dresse un formidable portrait de femmes à travers la relation ambigue de Mary et Anne Boleyn : rivales dans l'affection du roi, soeurs, soutien constant de l'autre et gardienne des plus sombres secrets.
Si Mary semble plus équilibrée et plus douce, au point d'être exploitée par sa famille ravagée d'ambition, Anne est l'archétype de la garce: ambitieuse, dépourvue du moindre scrupule et prête à tout pour donner cet héritier tant désiré et par là même, sécuriser sa position.
Et pourtant, on se surprend à pleurer avec elle quand son premier fiancé rétracte ses voeux, à la consoler au gré de ses fausses couches et à trembler avec elle quand elle s'aperçoit que le roi ne la regarde plus.
Bref, un très grand moment de lecture, une écriture fine et érudite et une intrigue où faits réels et fiction se mêlent sans jamais se heurter.
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